Vu d’Espagne : La loi Mariage pour tous et l’homosexualité

Il semble que ce reporter-journaliste espagnol ait parfaitement analysé les actions, comportement d’une certaine partie de la population française tellement prompt à imposer l’intolérance et l’exclusion menant à une dictature qui ne saurait être acceptable par l’ensemble des français. Du moins pouvons-nous le souhaiter dans ce maelström social et économique vecu en France. MC

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Cela s’est passé dimanche 7 avril, à 3 h 3o du matin. Olivier, un jeune Français de 23 ans, et son compagnon Wilfred de Bruijn, un Néerlandais de 38 ans, descendaient la rue des Ardennes, dans le 19e arrondissement de Paris. «  Nous rentrions chez moi après une fête chez des amis, raconte Wilfred de Bruijn. Nous marchions bras dessus bras dessous, détendus et contents, et soudain, nous avons vu un groupe de quatre ou cinq jeunes arriver vers nous. Ils se sont dit : « Ah, deux homosexuels ! » et ils nous sont tombés dessus à bras raccourcis J’ai repris connaissance dans l’ambulance. Ils ont frappé Olivier dans les yeux et, quand il a retrouvé ses esprits, il en a vu quatre le bourrer de coups de pied dans la tête, comme s’il était un ballon de football. »

La France, la nation qui a inventé les droits de l’homme, est aujourd’hui un pays inquiet qui redoute la prolifération des phobies. L’islamophobie a empesté la dernière campagne électorale. (…) Et l’homophobie a commencé à montrer un visage plus violent depuis que François Hollande a décidé de présenter sa loi sur le mariage homosexuel, dite du « mariage pour tous », afin de faire valoir l’égalité.

Bien que ses auteurs aient veillé à présenter ce texte comme une simple mesure en faveur de l’égalité des droits de la République, les évêques, les groupes intégristes catholiques, la droite parlementaire et l’extrême droite ont fait front commun contre le projet, qui (en fin de compte a) adopté à l’Assemblée nationale fin avril.

Répondant à l’appel de leurs paroisses, et emmenés par une chroniqueuse vêtue de rose bonbon qui se fait appeler Frigide Barjot, des centaines de milliers de gens sont descendus dans la rue au cours de ces derniers mois pour exprimer leur opposition au mariage homosexuel. Plusieurs grandes manifestations ont tenté de faire pression sur le gouvernement pour qu’il soumette la question à référendum.

La fin de non-recevoir de Hollande n’a pas découragé les défenseurs du principe selon lequel les enfants doivent nécessairement naître d’un père et d’une mère. Et quelques-uns semblent bien décidés à en découdre pour témoigner de leur haine des homosexuels.

(…) « Depuis l’été dernier, l’atmosphère est devenue insupportable pour les homosexuels en France. Nous nous sentons attaqués, menacés, insultés. Le débat a libéré une violence verbale et physique qui jusque-là semblait contenue. Et la faute en revient aux évêques de l’Eglise catholique et à des hommes politiques comme Jean-François Copé. Ils ne se rendent pas compte du mal qu’ils font ? »

Les collectifs gays, lesbiennes et transsexuels ont la même impression. «  Ces dernières semaines », affirme Vincent Autin, président de l’association Lesbian and Gay Pride de Montpellier, (…), « Hollande n’a pas réagi assez fermement face aux manifestations : en tant que président de la République, il aurait dû dire haut et fort que manifester contre l’égalité des droits d’une minorité est une dérive inacceptable, qu’il s’agit purement et simplement d’homophobie. Mais il a été trop frileux sur ce coup. »

(…). Vincent Antin rappelle que les adversaires de la loi « ont amené des milliers d’enfants aux manifestations, ce qui est une façon de projeter l’homophobie vers l’avenir ». Il reproche par ailleurs au ministère de l’Intérieur de n’avoir pas fait jouer la loi sur la laïcité. « Le mouvement Civitas, qui est raciste, xénophobe, homophobe, et le plus virulent des mouvements intégristes catholiques, a organisé des prières illégales dans la rue tout près de l’Assemblée et du Sénat. La police n’est pas intervenue et n’a ouvert aucune enquête. Peut-être parce qu’il s’agit de catholiques ? » s’interroge-t-il.

Outre Civitas et d’autres groupes religieux, les rangs de cette France bigote et rebelle, moitié provinciale et moitié parisienne, blanche à 99 %, ont accueilli des personnalités politiques comme le leader populiste de la droite parlementaire Jean-François Copé, l’ancien rédacteur des discours de Nicolas Sarkozy Henri Guaino et l’ex-ministre exaltée Christine Boutin ; sans oublier la frange la plus extrémiste du Front national, y compris les crânes rasés qui ont provoqué des émeutes sur les Champs-Elysées lors de la Manif pour tous du 24 mars.

Les derniers ralliés en date, désavoués par Barjot elle-même, sont le fameux Printemps français, réunion hétéroclite d’anciens parachutistes, de curés et de professeurs d’université proches de l’extrême droite ; des monarchistes d’Action française, des xénophobes des Jeunesses nationalistes et des néonazis du Bloc identitaire.

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Miguel Mora – (extrait)  El Païs – Madrid – Source: Courrier international N°1173