Pourquoi les riches en font trop !!

Une telle quantité d’eau frise le ridicule, déclarait Monsieur Prudhomme en découvrant la mer. C’est un peu le sentiment que l’on éprouve devant les polémiques incessantes au sujet des « malheurs » des riches depuis l’élection de François Hollande. De la taxe exceptionnelle à 75 % à l’exil de Gérard Depardieu en passant par l’affaire des « pigeons », le refrain est rodé : la France martyrise les riches en les accablant d’impôts et risque, du même coup, de s’aliéner leur capacité d’entreprendre au moment où elle en aurait le plus besoin.

Si les revenus des riches ont marqué le pas au plus fort de la crise, ils se situent pourtant toujours très au-dessus de leur niveau d’il y a dix ans. De plus, ils concernent souvent davantage des héritiers et des rentiers que des entrepreneurs audacieux et créatifs qu’il faudrait protéger d’une fiscalité rapace. Enfin, ces contribuables fortunés vont certes devoir s’acquitter désormais de taxes plus élevées, mais cette hausse ne fait guère que corriger (partiellement) les baisses d’impôts dont ils ont profité depuis dix ans.

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LES RICHES ONT-ILS CESSÉ DE S’ENRICHIR ?

La volonté du gouvernement de faire contribuer davantage les plus fortunés au redressement des comptes publics se fonde sur une observation largement documentée : le creusement des inégalités du fait de l’essor des très hauts revenus dans notre pays depuis le milieu des années 1990. Ce phénomène est peu perceptible si l’on se contente d’examiner le seuil d’accès au groupe des 10 % des Français les plus aisés. Ce seuil se situe en effet aux alentours de 36 000 euros par an (3 000 euros par mois) (1), soit 3,5 fois plus que le plafond des 10 % les plus modestes. Un ratio quasiment stable depuis de nombreuses années et relativement raisonnable comparé aux autres pays européens.

Mais cet indicateur masque la hausse des très hauts revenus. Pour entrer dans le top 1 % des Français les plus riches, qui capte à lui seul plus de 5 % des revenus d’activité (essentiellement des salaires), un tiers des revenus du patrimoine et la moitié des revenus exceptionnels (comme les plus-values de cession), il fallait gagner plus de 86 700 euros par an en 2009, soit 7 225 euros par mois. Et pour entrer dans le top 0,01 %, il fallait franchir la barre des 651 300 euros par an, ou encore 54 000 euros par mois, soit 36 fois le revenu médian.

La crise économique et financière qui a éclaté en 2008 a-t-elle durablement calmé le jeu ? Difficile à dire, car les données disponibles s’arrêtent pour le moment en… 2009. Ces seuils étaient plus élevés en 2007, avant la crise : le ticket d’entrée dans le top 0,01 % se situait alors à près de 1 million d’euros par an. Il a donc chuté d’un tiers entre 2007 et 2009, du fait notamment du repli des revenus financiers et de la part variable des rémunérations.

Riches 222

Cette chute doit cependant être relativisée. D’une part, la progression reste forte par rapport à leur niveau de 2004 : cette année-là, pour entrer dans le top 0,01 %, il fallait gagner 15 % de moins qu’en 2009. D’autre part, depuis 2009, les valeurs boursières n’ont pas toutes rejoint leur niveau de 2007, mais elles ont retrouvé des couleurs (+ 15 % pour le CAC 40 sur le second semestre 2012).

Enfin et surtout, la crise a certes réduit temporairement les revenus des plus aisés en valeur, mais elle n’a pas réduit leur part du gâteau. Selon Eurostat, la part du revenu national captée par le top 1 % en France est déjà revenue à son niveau d’avant-crise, contrairement à ce qui s’est passé, par exemple, en Allemagne (voir graphique). Au sein de la zone euro en 2011, il n’y a qu’au Portugal que cette part soit plus importante. Quant aux rémunérations des dirigeants du CAC 40, elles sont elles aussi reparties vers les sommets (voir encadré ci-dessous).

1. Ces chiffres comme ceux qui suivent désignent des revenus imposables pour une personne seule, avant impôts et prestations sociales.

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LES PATRONS DU CAC 40 RETROUVENT DES COULEURS

La rémunération totale des présidents exécutifs des entreprises du CAC 40 a rebondi de 330/0 en 2010, selon le cabinet Proxinvest, et encore de 4 % en 2011, pour s’installer cette année-là au niveau moyen de 4,2 millions d’euros. Or, en 2011, le CAC 40 a baissé de 17 %, le bénéfice net cumulé des entreprises concernées a reculé de 10 % et Les rémunérations moyennes de leurs homologues européens de 5 % (1). Les gains des grands patrons français sont plus que jamais déconnectés des performances des entreprises qu’ils dirigent.

Rémunération des présidents exécutifs les mieux payés du CAC 40 en 2011

Riches 1111. Selon le 14′ rapport de Proxinvest, « La rémunération des dirigeants des sociétés du SBF 120 », accessible sur www.proxinvest. com/index.php/fr/news/read/208.html

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