ADIEUFLANBY

La guerre du Mali vu par le “The New York Times (extraits) » New York.

L’intervention militaire française au Mali – lancée en l’espace d’une demi-journée – et l’audacieuse tentative de sauvetage d’un otage en Somalie ont révélé une face plus sombre et plus énergique de François Hollande et pourraient bien marquer un tournant dans sa présidence. Les Français (comme les Américains) jugent leurs présidents sur leur capacité à prendre des décisions difficiles, et il n’en est guère de plus ardu que d’envoyer des jeunes hommes au front.

L’offensive au Mali a bien commencé : les chasseurs et les hélicoptères de combat français auraient arrêté l’avancée de rebelles vers Bamako. La décision du président Hollande a reçu un large soutien politique en France, ainsi que de la part des pays africains, des États-Unis et du Royaume-Uni, qui se sont tous engagés à aider rapidement le Mali à reconquérir une importante partie de son territoire passée aux mains des rebelles il y a plusieurs mois. Même l’échec de l’opération en Somalie – qui s’est soldée par la mort de deux commandos français et peut-être par celle de l’otage – ne semble pas avoir nui à l’image du président. Les Français savent que les opérations militaires ne sont pas sans risque et sont à la fois préoccupés par la montée de l’islam radical et par le sort de plusieurs de leurs compatriotes, otages d’extrémistes religieux en Afrique du Nord.

Tout au long de sa carrière au Parti socialiste, François Hollande a été critiqué et même ridiculisé pour sa mollesse de « Flanby » Il a néanmoins toujours dit que ses critiques le sous-estimaient. A présent, François Hollande a « montré qu’il était capable de trancher sur des questions de guerre et de paix, ce qui est aussi important dans le système français que dans l’américain », explique François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique. A ses yeux, la décision du président français est comparable à celle de Barack Obama au moment de lancer le raid contre Oussama Ben Laden à Abbottabad.

Ce faisant, il a également fait retomber la pression suscitée au plan intérieur par le débat autour du mariage gay, en reportant l’attention du pays sur la politique étrangère. Bon nombre de ses détracteurs à propos du mariage homosexuel soutiennent d’ailleurs son action au Mali et en Somalie, y compris l’UMP. Le président, qui dispose d’une majorité dans les deux Assemblées, s’est engagé à faire adopter ce texte [sur le mariage homosexuel], affirmant que sa politique ne serait pas dictée par la rue. Dans les deux cas, le président français a démontré sa capacité à prendre des décisions et à s’y tenir, tout en gardant le contrôle de son parti.

Après des mois de négociations, le gouvernement a également pu annoncer, le 11 janvier, qu’un accord avait été trouvé entre les partenaires sociaux afin d’assouplir la réglementation du travail et de faciliter l’embauche des jeunes. Il est probable que cette mesure n’aura pas un impact majeur, mais le président Hollande a néanmoins su éviter une grève et obtenir des concessions de la part de syndicats hexagonaux réputés pour leur inflexibilité. Il était important pour le président de marquer des points après la ridicule affaire Depardieu et l’invalidation par le Conseil constitutionnel de la taxation des très hauts revenus à 75 %.

La guerre est porteuse de complications, mais pour l’instant on dirait que c’est « le printemps de Hollande », s’amuse l’expert François Heisbourg. Les Français « ne savent pas encore s’il est vraiment compétent, mais il ne montre ni stress ni inquiétude : il a l’air tout à fait détendu ».

Steven Erlanger – The New York Times – New York.