Étiquettes

, , , , , ,

Le modèle énergétique actuel est-il vraiment à « bout de souffle », comme le laisse entendre l’économiste américain Jeremy Rifkin, et le cours de la transition énergétique aussi impavide qu’un long fleuve tranquille?

La question mérite d’être posée.

Après la vapeur et l’imprimerie, est venu le temps du moteur à explosion et de la télétransmission. Croire en celui des énergies renouvelables et de la communication en réseaux dématérialisés n’est donc pas qu’une vision futuriste. Ce temps a déjà commencé.

L’éolien, le solaire, l’hydroélectricité, la géothermie, la valorisation de la biomasse sont déjà des réalités à l’échelle planétaire. À terme, on peut même espérer pour favoriser la production de ces énergies renouvelables, que chaque immeuble devienne une mini-centrale énergétique capable de collecter l’énergie sur place et que de nouvelles méthodes de stockage, notamment via l’hydrogène, soient développées pour permettre de stocker l’énergie ainsi produite et assurer une distribution et un fonctionnement en réseau intelligents. Des tentatives prometteuses en ce sens sont déjà en cours. Et pourtant… Avant d’entrer pleinement dans cette nouvelle ère économique et technologique, plusieurs étapes devront être franchies, à commencer par celle des énergies fossiles.

Qu’en est-il vraiment de la part de ces énergies en cours d’épuisement dans la totalité de la production énergétique? Même en s’appuyant sur les données fournies par l’Agence internationale de l’énergie, l’information en ce domaine est d’autant plus aléatoire que la dimension géostratégique est forte. Cette précaution étant prise, on peut dire que les: énergies fossiles représentent environ 80% du total énergétique mondial : 35 % pour le pétrole, 25 % pour le charbon et 20 % pour le gaz naturel. Le, nucléaire compte pour environ 7 %, et les encres dites renouvelables pour 13 % seulement : 10 % sont issus du bois, 2,2 % de l’hydroélectrique et un peu moins de 1 % des énergies auxquelles on pense généralement (géothermie, éolien, solaire; biomasse, etc.).

Le mélangé prévisible de l’ensemble des énergies non renouvelable à l’échelle humaine permettrait probablement de couvrir la totalité des besoins énergétiques de la planète au niveau de la consommation actuelle pendant encore une centaine d’années. Approximativement, il resterait donc un bon siècle pour faire en sorte que progressivement d’autres sources d’énergie prennent le relais.

Mais l’avenir des énergies fossiles n’est pas le seul élément à prendre en compte dans la question de la transition énergétique. Deux ‘autre facteurs sont à’ retenir. D’une part, la production des gaz à effet de serre s’accroît malgré les divers accords internationaux pour en limiter les effets (rappelons pour mémoire qu’en un an, de 2010 à 2011, la progression du CO2 a été de l’ordre de 3 %). D’autre part, la crise du marché libéral dominant est mondiale. Les préoccupations environnementales des populations sont alors reléguées au Second plan. Et les accords de Doha ne vont rien arranger…

La transition énergétique, loin d’être une question technique, est tout à la fois un enjeu de société et un enjeu géopolitique. Alors comment avancer car malgré toutes ces contraintes, aller dans cette voie est bien le but que nous devons nous fixer?

Il serait illusoire de faire confiance aux seuls États et aux industriels pour prendre en charge politiquement et économiquement ce nouvel enjeu de société. Certes, les discours lénifiants ne manquent pas, mais il n’y a rien là qui puisse changer globalement la donne à court terme. Or nous savons que le temps presse.

 « Croire au temps des énergies renouvelables et de la communication en réseaux dématérialisés n’est pas qu’une vision futuriste. Celui-ci a déjà commencé. »

Pourquoi une telle attitude? L’intention première de ces États n’est sans doute pas de nuire délibérément aux 7 milliards d’habitants que compte la planète. Les contradictions internes liées à la crise économique mondiale sont très fortes. Tandis que leur croyance aveugle en la seule technologie « réparatrice » est sans borne. Enfin, il se trou* encore des experts de mauvais augure pour leur donner bonne conscience.

L’enjeu financier (et c’est peut-être le facteur le plus important) est considérable. D’où la pression de tous ceux qui bénéficient des énormes profits que génère l’industrie énergétique conventionnelle.

À moyen et long terme, l’intérêt bien compris de la mise en œuvre d’un réseau librement distribué fonctionnant en source ouverte dans l’activité de production des énergies renouvelables est un marché trop latéral pour que les grands groupes internationaux lâchent, en l’état, la proie pour l’ombre.

La pression des peuples et des associations environnementales n’est pas assez forte pour espérer dans l’immédiat une véritable révolution énergétique dans les choix industriels et politiques.

Dans ce contexte, pour que de nouvelles orientations politiques, avec un effet d’entraînement suffisant, soient en mesure de nous sortir à la fois des crises économique et énergétique, il faudrait selon moi l’équivalent d’une mobilisation générale en temps de guerre, bien qu’en l’occurrence l’esprit de guerre ne soit pas indispensable pour sortir des crises, mais seulement le retour de l’intérêt collectif au-dessus des intérêts particuliers.

Et même s’il demeure sur ce sujet beaucoup d’incertitudes, tous les moyens à notre portée, à commencer par ceux de la recherche scientifique, sont utiles, y compris les timides appuis qu’autorisent les divers dispositifs de l’État et, bien évidemment, toutes les actions qui nous invitent à sortir du système capitaliste, à changer notre mode de consommation et notre regard sur le monde.

André Prone, expert géologue.

Dans le quotidien « Humanité des débats du vendredi 11 janvier 2013″, vous retrouverez un article, interview   » table ronde » sur la  «Transition énergétique: quels choix d’avenir? » que je mettrais en ligne dès samedi 12 janvier 2013. MC