NATIONALISER : BONNE OU MAUVAISE IDÉE ?

En proposant de nationaliser le site de Florange, Arnaud Montebourg a remis à l’ordre du jour une idée qui demeure vivace dans l’imaginaire politique français : en imposant la propriété publique des entreprises, on pourrait défendre les intérêts des salariés et surtout mettre les entreprises au service de la nation tout entière.

1) UNE IDÉE EN VOIE DE DISPARITION

Alternatives économiques – Extrait permalien

A la Libération, le gouvernement du général de Gaulle nationalise les grandes banques, afin de rendre le crédit abondant et bon marché, et les entreprises productrices d’énergie, afin d’en assurer la disponibilité à bon prix pour l’industrie. De quoi faciliter la reconstruction du pays. François Mitterrand, élu président de la République en 1981, va pour sa part nationaliser l’ensemble des grandes entreprises industrielles et le reste du secteur financier. Le but, dans le discours officiel du pouvoir, est de redonner à l’Etat les outils nécessaires pour piloter le développement économique. (…)

Les nationalisations vont coûter très cher – au grand bénéfice des actionnaires. (…) D’où de nombreuses restructurations, avec des licenciements à la clé, notamment dans la sidérurgie. Au final, ces nationalisations auront surtout servi à recapitaliser nos grandes entreprises.

Conclusion de ces deux épisodes : nationaliser peut avoir du sens dans un pays en reconstruction ou en phase de rattrapage (…) Mais le développement de nouveaux produits et de nouveaux procédés naît d’abord sur le terrain, à proximité des marchés. D’où le mouvement général de privatisations mises en oeuvre après 1986, par la droite comme par la gauche.

NATIONALISATIONS, LE RETOUR

Le nouveau contexte créé par la mondialisation, puis par la crise économique et financière, est venu rebattre les cartes. Face à la montée en puissance d’entreprises qui imposent leurs choix stratégiques aux autorités politiques nationales, réhabiliter l’idée qu’une prise de contrôle publique est possible est d’abord une manière de répondre aux inquiétudes des citoyens. C’est dans ce cadre que s’est inscrite la menace formulée par Arnaud Montebourg vis-à-vis d’Arcelor Mittal.

Mais la nationalisation s’est également imposée comme une nécessité avec la crise, y compris dans des pays peu suspects de sympathies pour ce type de mesure. Pour éviter une panique généralisée qui aurait provoqué un effondrement du crédit et de l’activité, l’Etat américain est ainsi venu massivement au secours de Fannie Mae et Freddie Mac – deux agences de crédits hypothécaires -, puis de la compagnie d’assurances AIG – qui assurait beaucoup de crédits subprime. Le gouvernement britannique a pour sa part nationalisé RBS et Lloyd’s Bank, tandis que son homologue espagnol faisait de même avec nombre de caisses d’épargne. Plus audacieux, le président Obama n’a pas hésité à nationaliser également le géant de l’automobile General Motors, pour lui éviter la faillite alors que le marché automobile s’effondrait. Dans tous ces cas, la nationalisation a permis de justifier l’injection massive de fonds publics et s’est accompagnée de mesures de restructurations souvent radicales avant remise sur le marché. General Motors, sous gestion publique, a ainsi fermé de très nombreuses usines et sérieusement remis à plat les avantages sociaux de ses salariés.

DANS CE CONTEXTE, FALLAIT-IL NATIONALISER FLORANGE ?

En brandissant cette menace, Arnaud Montebourg a mis en pratique, avant même qu’il ne soit adopté, le projet de loi promis par François Hollande qui devrait imposer aux entreprises de céder leurs sites promis à la fermeture quand un autre industriel se déclare intéressé. La nationalisation annoncée devait en effet avoir un caractère temporaire en attendant sa cession à un partenaire privé. A ceci près qu’Arcelor Mittal souhaitait uniquement arrêter définitivement les hauts fourneaux de Florange, déjà en veille depuis dix-huit mois, tout en continuant à faire tourner l’aval du site avec l’acier produit dans ses installations de Dunkerque. Relancer la production d’acier à Florange aurait été problématique car cela risquait de priver le site de Dunkerque d’une partie de ses débouchés, sauf à observer une reprise forte et rapide de la demande d’acier en Europe. Pour autant, la menace n’aura pas été vaine si elle a contribué à obtenir de la direction d’Arcelor Mittal qu’elle investisse sur l’aval du site et garantisse l’emploi de tous les salariés.

Plus généralement, la question posée est de trouver le moyen de limiter les excès de la corporate governance, cette gestion purement financière qui caractérise le capitalisme actuel. Trop d’établissements viables sont fermés par des multinationales qui restructurent pour maximiser leurs résultats. (…)

C’est pourquoi tout ce qui peut inciter ou contraindre les entreprises à ne pas restructurer à tout va et à envisager toutes les reconversions possibles va dans le bon sens. Nationaliser doit demeurer dans ce cadre une arme de dernier recours, adaptée à des situations très spécifiques. (…)

Ensuite, il faut ouvrir le champ des possibles quand la restructuration est à l’ordre du jour. Aujourd’hui, le dialogue social est entamé quand tout a déjà été décidé et porte uniquement sur les conditions du plan social. Il faudrait au contraire discuter stratégie industrielle en amont, réfléchir aux avenirs possibles compte tenu des compétences et des savoir-faire présents sur le site.

En revanche, il n’y a pas de solution miracle quand une entreprise ferme parce que ses débouchés sont en déclin durable et son outil obsolète. Cette question ne peut pas être éludée alors que la transition écologique est devant nous. Il en résultera certes de nouveaux emplois, mais aussi la destruction de nombreux autres. D’où la nécessité d’assurer en priorité une vraie sécurisation des parcours professionnels à tous les salariés, en termes de revenus comme d’accès à la formation et à l’emploi.

Philippe Frémeaux –Alternatives Economiques N° 320 –Janvier 2013

2 ) Nationalisation de Florange : pourquoi l’idée de Montebourg n’est pas absurde ?

L’avis de « La Tribune » Fabien Piliu – (extrait) – Permalien

Cette idée est-elle si absurde sachant que cette nationalisation ne serait que temporaire, le temps qu’un éventuel actionnaire privé initialement minoritaire, augmente progressivement sa participation dans le capital de l’entreprise ? Une chose est certaine, le ministre du Redressement productif veut à tout prix réussir là où Nicolas Sarkozy a échoué. Malgré ses promesses, l’ancien président de la République qui avait fait du sauvetage de Gandrange – un autre site lorrain de production sidérurgique appartenant à Mittal, distant d’une dizaine de kilomètres de Florange – n’avait pu éviter la fermeture de l’usine.

Autre certitude, les experts du secteur trouvent du sens à cette initiative, en raison de son caractère hautement stratégique. Un rapport rédigé en 2011 par l’Académie des sciences et l’Académie des technologies intitulé « La Métallurgie, science et ingénierie » estime en effet indispensable de préserver et de développer sur le territoire française une filière métallurgique solide et en particulier sa branche sidérurgique en particulier.

Une industrie « vitale » « Elle est en effet vitale pour des secteurs capitaux tels que transports (automobile, ferroviaire, aéronautique…), énergies (nucléaire, énergies durables…), construction navale, armement, bâtiment… Il s’agit de dynamiser l’ensemble de ces secteurs et, au minimum, de préserver nos compétences et notre savoir-faire », avancent-ils.

3) Nationaliser Florange aurait coûté un milliard, selon Ayrault

Pour « Challenge » permalien

Le Premier ministre a redit qu’il assumait la décision qui avait été prise de passer un accord avec Arcelor Mittal.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a affirmé, jeudi 6 décembre sur RTL, qu’il assumait « la décision qui a été prise » sur le dossier Florange, ajoutant qu’une nationalisation du site, qu’il a écartée, aurait coûté « plus d’un milliard d’euros ».

« J’assume la décision qui a été prise » dans l’accord passé vendredi dernier avec ArcelorMittal, a-t-il dit, ajoutant que toutes les options avaient été « examinées », y compris une nationalisation temporaire qui aurait coûté « plus d’un milliard d’euros ».

 

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