A la source du snobisme.

Mais non ce n’est pas un conte de noël cet article trouvé dans la revue « l’Express N° 3026. C’est une pur vérité et dire que certain sont persuadés que cette revue est rédigée en direction des classes populaires et de cadres moyens ! Allez dire à une personne s’abreuvant de « Château la Pompe » qu’elle aurait meilleur santé en achetant de tels produits largement au-dessus des moyens financiers de beaucoup, mais faisant les honneurs de la table de l’Elysée depuis un changement de Président (l’ancien, Mr Bling-Bling, n’était pas mieux pour autant). Par curiosité un clic pour voir comment est vantée cette eau. MC

Faire d’une simple eau minérale un breuvage valorisant ?

Roger Padois, un ancien de l’industrie du tabac, a poussé encore un peu plus la logique avec son projet de renaissance des Abatilles, une source arcachonnaise (Gironde). « Une de nos forces, c’est l’image des vins de Bordeaux, nous voulons nous imposer comme un grand cru d’eau minérale, donc nous utilisons la même bouteille en verre que nos vins« , raconte-t-il. Le look est si important qu’Abatilles recrute également des stars du design pour « signer » une série spéciale au moment des fêtes : cette année, l’Italienne Paola Navone a succédé à l’Indien Manish Arora.

Nombre d’eaux chics viennent aussi de contrées lointaines. « Malgré la crise et l’inévitable questionnement écologique, nos importations d’eaux minérales étrangères, en fort développement depuis les années 2000, sont restées stables. C’est important, en particulier pour les restaurants qui cherchent à se distinguer« , explique Jean-Luc Butez, patron et fondateur d’International Breweries and Beers (IBB), premier importateur de labels internationaux en France.

Le leader, Voss, une belle norvégienne, écoule désormais quelques centaines de milliers de cols par an, du Buddha Bar au George-V, en passant par les palaces de Saint-Tropez ou de Courchevel. Son succès est sans doute fondé sur le travail de relooking d’un certain… Calvin Klein. Autre exemple : Tau, un « cru » gallois au design minimaliste perce dans la restauration asiatique, notamment les corners huppés de sushis, selon IBB.

Paradoxalement, la diffusion de ces eaux du monde entier entraîne celle des eaux du terroir : Treignac a déjà ainsi été référencée par les établissements de Georges Blanc (à Vonnas) ; Saint-Georges est inscrite à la carte du triplement étoilé L’Ambroisie, à Paris. Des chefs ont même trouvé le moyen de lancer leur propre eau star : Saint-Géron, un « cru » connu depuis l’Antiquité en Haute-Loire, a été ressuscitée par Alain Dutournier et Michel Rostang (entre autres) et dotée d’une nouvelle bouteille (dessinée par Alberto Bali).

Et le goût dans tout ça ?

Les marques n’hésitent jamais à faire valoir leurs performances gustatives. Glenlivet, la source de coupage du célèbre single malt écossais, est ainsi vendue chez nombre de cavistes français, les oenologues l’ayant adoptée pour sa pureté et sa neutralité. A l’inverse, une eau comme Abatilles met en avant sa complexité afin de démontrer qu’elle est une grande « eau de repas ». Quant à Voss, elle revendique le titre d’eau « la plus pure du monde » grâce à son absence de sodium et (quasi) de minéraux, ce qui lui conférerait une légèreté unique.

Nul doute que la saga des « eaux grands crus » ne fait que commencer. Une nouvelle star vient de débarquer d’Islande : baptisée Icelandic Glacial, elle est puisée dans une source propriété de la famille Olafsson. « C’est la première eau à bilan carbone zéro », s’enthousiasme Jean-Luc Butez, qui importe cette marque bio pour les belles épiceries parisiennes (Colette, La Grande Epicerie…). Mais, comble du chic, Icelandic Glacial a surtout été choisie par Dior pour entrer dans la composition de ses parfums. Les Olafsson n’en reviennent toujours pas.

Plus chère que le Champagne

Bling H2O, une des eaux les plus chères du monde, a été rayée de la carte de Colette, le plus ancien water bar de France. A 50 euros les 37,5 centilitres, en pleine crise, l’établissement parisien a eu du mal à trouver plus d’une dizaine de clients en deux saisons d’exploitation ! Bling H2O est embouteillée dans le Tennessee, « purifiée à l’ultra-violet » et sertie de cristaux Swarovski. Un look un rien racoleur qui fait hurler ses concurrents français car son prix équivaut à celui d’un champagne millésimé… Aujourd’hui, chez Colette, l’eau la plus chère est anglaise, Elsenham. Son prix culmine à 11 euros, quand l’essentiel de l’offre s’étend de 4 à 8 euros (la Voss est à 6,90 euros, Abatilles à 5 euros, Treignac à 5,80 euros, Glenlivet à 5,50 euros…). Mais les « eaux bijoux » existent toujours. Pour preuve cette bouteille de Fillico, une eau minérale américano-japonaise, disponible sur plusieurs sites américains à… 100 dollars !

Benoist Simmat (L’Express) – publié le 13/12/2012 Permalien