AU TRAVAIL LES ENFANTS

Oserait-ont faire un parallèle entre ce rapport de Louis René Villermé daté de 1840 avec les différents faits sociaux relatés de par le monde, concernant le travail des enfants dans les différents états nationaux dit sous-développés de la planète, qui confectionne les marques de label sportif (Nike entre autre) sublimer par quelques élites, « as » sportifs dans leur domaine de prédilection dans des publicités alléchantes.

Regrettons dans les conditions actuelles la multiplication du chômage et de « l’envisager » d’envoyer toute cette jeunesse en les exemptant de tout cursus scolaire, aidé des parents plus pauvres qu’eux à gagner une maigre pitance permettant de pitoyables survies familiales.

Tel est le cas de nombreuses populations de par la planète ne pouvant se nourrir décemment de son travail.

Certes ce n’est pas encore tout à fait une réalité dans les pays « dits » développés, mais à n’y prendre garde envers l’emprise du capital et des possédants avides de toujours plus de gains, aidé par les gouvernants détruisant massivement les avancées sociales gagner à la sueur du front de chacun des salariés au fil des années, le doute est permis de découvrir un jour cette récession sociale, ce retour en arrière vers la misère si bien décrite par Victor Hugo entre autres nous arriver pleine figure. Pauvres de nous, pauvre misère que nous laissons à nos enfants. MC

Le rapport Villermé, à l’origine de la première loi française limitant le travail des enfants, est loin d’être un brûlot anticapitaliste. Mais il met en lumière la question sociale.

En ces années 1830, le temps est aux épidémies de choléra. Surgies brutalement en Europe, elles déciment les populations des quartiers surpeuplés plus que les autres. Le temps est aussi à la révolution industrielle et aux inquiétantes concentrations urbaines. Le temps est encore, dans la bourgeoisie, à l’angoisse face aux nouvelles classes « laborieuses et dangereuses » regroupées dans les centres miniers, sidérurgiques ou textiles. Dans un tel contexte, on comprend l’impact à cette époque du tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, publié en 1840. Un impact d’autant plus large que son auteur, Louis-René Villermé (1782-1863), n’a rien d’un révolté ou d’un révolutionnaire.

Membre de la respectable Académie des sciences morales et politiques, Louis-René Villermé a fait ses classes comme médecin militaire dans la Grande Armée. Mettant son expertise, ses enquêtes et ses synthèses statistiques au service de l’ État, il s’inscrit dans cette mouvance hygiéniste qui lie les questions de démographie et de santé publique à la question sociale.

Cofondateur en 1829 des Annales d’hygiène publique et de médecine légale, il y publie ses études d’hygiène sociale menées aussi bien en province qu’à Paris et qui toutes convergent : « La santé des pauvres est toujours précaire, leur taille moins développée et leur mortalité excessive, en comparaison du développement du corps, de la santé et de la mortalité des gens mieux traités de la fortune ; ou, en d’autres termes, l’aisance, la richesse, c’est-à-dire les circonstances dans lesquelles elles placent ceux qui en jouissent, sont véritablement les premières de toutes les conditions hygiéniques. »

Une instruction nulle

Les conclusions du Tableau, tirées de son enquête dans les principales villes textiles, vont dans le même sens : le mauvais état de santé résulte des conditions de vie des ouvriers. Il souligne en particulier au chapitre IV la situation des « enfants employés dans les manufactures » : « L’instruction des enfants qui ont été admis dans les ateliers dès l’âge de 6 ans est nulle, et ordinairement ceux qui sont reçus avant 10 ou 11 ans ne savent ni lire ni écrire. On a bien ouvert quelques écoles du soir et du dimanche ; mais des enfants fatigués par un labeur de douze ou quatorze heures, ou par le travail de la nuit précédente, ne sont pas en état d’en suivre les leçons avec fruit. L’indifférence des parents à cet égard est d’ailleurs communément très grande. Quant à l’instruction religieuse, on lui accorde, en général assure-t-on, le temps nécessaire. Au surplus, les enfants employés dans les manufactures laissent partout à désirer sous le rapport moral, surtout lorsqu’on les y reçoit très jeunes. »

Villermé préconise dès lors de « retrancher sur le temps de leur présence dans les ateliers, comme je l’ai vu pratiquer dans quelques manufactures de Suisse et d’Alsace, quelques instants qui seraient consacrés à l’étude ». Selon lui, « ce serait ajouter à leur avenir une nouvelle chance de bonheur, sans nuire à l’intérêt des fabricants. On éviterait ainsi le grave reproche d’avoir toléré, favorisé même, une exploitation homicide, et l’on permettrait l’entier développement des enfants qu’entrave leur trop long travail, et qui, devenus un jour hommes faits, récompenseraient la patrie, par leurs services, de la protection qu’elle leur aurait accordée dans l’âge de leur faiblesse ».

C’est en s’appuyant sur ce Tableau et ces propositions que des catholiques sociaux firent voter en 1841 la loi fixant à 8 ans l’âge minimum d’emploi des enfants dans les manufactures de plus de vingt salariés. Et qu’en 1851, un amendement à cette loi limita la durée journalière de travail à huit heures pour les enfants de moins de 14 ans et à douze heures pour les moins de 16 ans. D’autres lois suivront : celle de 1874 fixant à 12 ans l’âge minimum d’emploi dans l’industrie et surtout les lois de Jules Ferry rendant obligatoire l’école de 6 à 13 ans. On pourra certes douter longtemps de l’efficacité de ces lois : il faudra attendre la fin du siècle pour qu’une inspection du travail encore rudimentaire soit mise sur pied. Mais la voie est ouverte à une législation du travail protectrice.

L’industrie innocentée

Pour autant, Villermé n’est pas l’avant-garde d’une offensive anticapitaliste. Il reste d’une grande prudence, voire d’une grande timidité, même dans ses textes dénonciateurs. Il ne veut en rien « nuire à l’intérêt des fabricants ». Ailleurs, il défend même le travail des enfants : « tout le monde, au surplus, reconnaît que l’emploi des enfants dans les ateliers industriels est d’une nécessité absolue : c’est d’abord une économie, et d’ailleurs la tâche qui leur est confiée exige une délicatesse dans les doigts pour rattacher les fils et une souplesse du corps pour se glisser sous les métiers, qu’on ne rencontre pas chez les adultes », écrit-il en reprenant à son compte des propos patronaux.

C’est que Villermé n’est pas motivé par la défense des ouvriers, mais par la lutte contre la dégénérescence physique et morale de la race. Il est partisan d’ un certain malthusianisme hostile à la propension des classes populaires à voir dans de nombreux enfants la source de revenus accrus. Souvent dans son Tableau, il attribue la misère ouvrière aux mœurs populaires, à la dépravation morale qui déteint sur les enfants.

Il s’interdit de voir dans les conditions de travail la cause première de la mauvaise santé des ouvriers : «Je n’insisterai pas davantage pour prouver que les ateliers ne sont point exposés à ces prétendues causes d’insalubrité. (…) C’est d’une manière indirecte, médiate, ou par les conditions de nourriture, de vêtement, de logement, de fatigue, de durée du travail, de mœurs, etc. dans lesquelles se trouvent les ouvriers, que les professions agissent le plus souvent en bien ou en mal sur leur santé. »

L’industrie est donc ainsi innocentée par la science dont les hygiénistes, dans leur domaine, se réclament. D’où leur oubli des maladies professionnelles, pourtant énumérées dès 1700 par l’Italien Ramazzini dans son essai sur les maladies des artisans. D’où aussi leur indulgence pour les pratiques de ce capitalisme industriel qui, dans les années 1830-1840, accumule d’importants profits en surexploitant la main-d’œuvre, en particulier dans l’industrie phare, le textile. Tout au plus Villermé estime-t-il qu’il faudrait réduire le temps de travail, voire augmenter les salaires et surtout délocaliser les fabriques dans les campagnes pour permettre à l’ouvrier de rester dans un environnement rural et paysan jugé plus sain.

Ne faisons donc pas dire à Villermé ce qu’il ne dit pas. Ne voyons pas en lui un défenseur de la cause ouvrière, mais un enquêteur sérieux et sensible, tout libéral Louis-Philippard qu’il est. Son Tableau met toutefois crûment la question sociale sur le tapis, celle des enfants au travail et, au-delà, celle de la condition ouvrière en général. Et ce n’est pas un mince succès que d’entraîner ainsi les premières interventions de l’ Etat sur le marché du travail. Comme d’ailleurs aussi, en 1850, sur la location des logements insalubres.

Gérard Vindt – Aternatives économiques N° 318 Nov. 2012

En savoir plus

« Les corps soumis de industrialisation », par Thomas Le Roux, Santé & Travail n° 073, janvier 2011.

Disponible dans nos archives en ligne. Le rapport Villermé est disponible sur le site de l’université du Québec : http:// classiques.uqac.ca/classiques /villerme_louis_rene/tableau_ etat_physique_moral/villerme_tableau_ouvriers.pdf

Une société à soigner. Hygiène et salubrité publique en France au XIXe, siècle, par Gérard Jorland, Gallimard, 2010.