Les salariés produisent la valeur, leur travail n’est pas un coût

M. Gallois a rendu son rapport. Fin connaisseur de l’industrie, il traite du seul coût salarial.

La compétitivité renvoie au temps de production. Augmenter ou baisser le prix du travail ne change en rien celui-ci!

Il le sait et pointera les enjeux de modernisation de l’outil industriel, les relations industrie/recherche, donneurs d’ordres/sous-traitants, la formation, la fiscalité, le crédit.

Mais toute ressource utilisée a le prix d’un précédent effort de travail. Au-delà des précautions de langage, l’approche par les coûts attaque toujours, en dernier ressort, le coût du scientifique élaborant de nouvelles connaissances ; celui du mineur extrayant la matière première.

Cette approche ne résout en rien le problème de l’efficacité productive.

La recherche française a été mise à mal par les réformes de Sarkozy. Partout le travail souffre des méthodes de management. Dans les filières, les acteurs ne coopèrent pas assez. Le dépôt de brevet devient une fin en soi et débouche insuffisamment sur l’investissement productif. Le gouvernement tourne le dos à ces défis.

Il articule redressement productif, rapport sur les coûts du travail, modification du Smic et abandon progressif des cotisations sociales ! Le problème du Smic, c’est trente ans d’austérité et de stagnation du salaire moyen ouvrier sur lequel il est indexé. Entre inflation et coups de pouce, le wagon rattrape la locomotive !

Après sa fiscalisation, la protection sociale restera un coût pour le Medef. Il est temps pour le gouvernement de regarder en face la réalité du prix de la force de travail !

De 1960 à 2007, la masse salariale a été multipliée par 4,54. Le salaire superbrut par tête (avec cotisations patronales) par 3,26. La progression moindre du salaire superbrut par tête révèle donc une baisse de 29 % du prix de la force de travail individuelle contradictoirement au progrès des qualifications, de la productivité et de la réduction du temps de travail.

Les gains de productivité font baisser le prix des marchandises induisant une baisse invisible du prix de la force de travail avec, éventuellement, une amélioration de la vie du salariés L’insidieuse contrepartie est un partage des richesses de plus en plus inégal, une masse de plus en plus grande de salariés en attente de travail, de plus en plus de profits à valoriser dans de nouvelles productions, le développement du système financier pour y parvenir, et… la crise.

Alors, la lutte entre capital et monde du travail, sur la durée et les conditions de travail, le niveau de vie et de protection sociale, se fait d’autant plus frontale que la productivité des pays converge.

Nous y sommes. La nature des productions, le niveau technologique participent de ce processus mais n’en sont pas la cause. La cause est dans la nature des rapports sociaux.

La « compétitivité » est une guerre économique, aux dépens du travail vivant.

La division du travail doit redevenir coopération afin que les progrès des connaissances et du travail économisent la peine des hommes et les ressources naturelles. Le gouvernement doit lire A. Smith!

« La valeur que les ouvriers ajoutent à la matière se résout alors en deux parties, dont l’une paye leurs salaires, et l’autre les profits que fait l’entrepreneur » Les salariés produisent la valeur. Leur travail n’est pas un coût même s’il a un prix. En croissant avec la productivité, le profit fait la crise.

Le prix du travail ne détermine pas l’efficacité productive du travail. Celle-ci dépend de la qualité du processus de travail. Sortie de crise et émancipation passent par le rééquilibrage du partage des richesses, le progrès social, l’appropriation du travail et de l’entreprise par les salariés.

Par Francis Velain, ingénieur, secrétaire de l’union fédérale des ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise de la CGT métallurgie.