Reconnaître la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961.

Le souvenir de ces massacres a donné lieu à de nombreuses chansons, poèmes et livres comme ceux récemment publiés par le romancier Didier Daeninckx.

Une proposition de résolution sur la reconnaissance du massacre a été déposée par des sénateurs communistes au début de l’année.

Le député Front de gauche François Asensi et le groupe PC et apparentés du Sénat ont déposé mercredi, chacun de leur côté, une proposition de loi afin que toute la lumière soit faite sur ces événements. Le député ex-PC de la Seine-Saint-Denis rappelle, dans un communiqué, que, depuis 1997, il demande l’ouverture des archives du ministère de l’Intérieur « parce qu’une démocratie digne de ce nom ne peut maintenir le secret sur ces terribles événements ». « L’adoption de cette proposition de loi serait un geste de concorde à l’adresse du peuple algérien, ce peuple ami, et contribuerait au rapprochement entre nos deux peuples », conclut François Asensi.

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L’EXPRESS.fr, publié le 17/10/2012 – (Extraits) – Permalien

Le 17 octobre 1961, la police française avait durement réprimé une manifestation notamment organisée par le FLN algérien. Paris reconnaît pour la première fois l’événement.

Le président Hollande a déclaré mercredi (17/10/2012) que « la République reconnaît avec lucidité » la répression « sanglante » de la manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961.

« Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression », a déclaré François Hollande, selon un communiqué de l’ Élysée. « La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes », a-t-il ajouté.

Le chef de l’ État se différencie ainsi de ses prédécesseurs, particulièrement Nicolas Sarkozy, qui ont toujours refusé de faire acte de repentance. L’année dernière, pour les commémorations des cinquante ans de cette tragédie, la pression politique s’était intensifiée sur l’ Élysée, mais Nicolas Sarkozy n’avait présenté aucune excuse, au grand dam des associations.

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Pour  LE MONDE | 18.10.2012  Par Thomas Wieder (Extraits) Permalien

« Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes. »

La forme du message, comme les mots, ont été soigneusement calibrés. A l’Elysée, on insiste sur la « simplicité » de l’expression : « Il s’agit d’accepter la vérité sans verser dans un mécanisme religieux de contrition ou dans un processus politique d’instrumentalisation », commente un conseiller du président.

L’historien Benjamin Stora, spécialiste de la mémoire de la guerre d’Algérie et proche de François Hollande, va dans le même sens : « Sur le 17 octobre 1961, on était jusque-là dans la connaissance. Désormais, on est passé à la reconnaissance. Mais on n’est pas pour autant dans la repentance. »

Lire un entretien avec l’historien Gilles Manceron : Ce massacre a été occulté de la mémoire collective

Par rapport à ses prédécesseurs, François Hollande, qui doit se rendre à Alger en décembre, fait preuve d’audace. Pour la première fois, la République, par la voix de son président, « reconnaît » que les Algériens de Paris ont été « victimes », le 17 octobre 1961, d’une « tragédie ».

En 2001, quelques mois après son élection à la Mairie de Paris, après un débat particulièrement vif, il avait inauguré une plaque sur le pont Saint-Michel à l’occasion du quarantième anniversaire de la manifestation. L’expression qui figure sur la plaque est la même que celle utilisée par M. Hollande dans son communiqué : « sanglante répression ».

Voir notre web documentaire sur la nuit du 17 octobre 1961 : La Nuit oubliée et Les photos de la répression du 17 octobre 1961

L’audace, toutefois, n’exclut pas la prudence. Celle-ci apparaît entre les lignes, dans ce que ce communiqué ne dit pas. C’est ce qu’observe l’historienne Raphaëlle Branche, maître de conférences à l’université Paris-I. « Pour la première fois, et il était temps et c’est un progrès important, un président de la République reconnaît ce qui s’est passé le 17 octobre 1961. Mais il ne dit pas qui a commis la « sanglante répression », en l’occurrence la police parisienne, qui a agi sous les ordres du préfet de police, Maurice Papon, lui-même sous l’autorité du gouvernement du général de Gaulle », remarque l’historienne, spécialiste de la guerre d’Algérie.

Par ailleurs, le texte du communiqué présidentiel ne dit rien de la manifestation, organisée à l’appel du Front de libération nationale (FLN) pour boycotter le couvre-feu imposé quelques jours plus tôt aux Algériens de Paris. Sur la plaque du pont Saint-Michel, la manifestation est dite « pacifique ». M. Hollande n’a pas repris l’adjectif.

Dans les années 1990, l’historien Jean-Luc Einaudi a rouvert le dossier en évaluant le nombre de victimes à environ 250. Son décompte a été contesté par un autre historien, Jean-Paul Brunet, qui parle pour sa part de 30 à 50 morts. Entre historiens, la controverse a été violente au début des années 2000.

En 2003, le gouvernement a fait du 5 décembre la « journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord ». Cette date n’a aucune signification historique : si le choix s’est porté à l’époque sur le 5 décembre, c’est uniquement parce que c’est ce jour-là, en 2002, que Jacques Chirac a inauguré le mémorial du quai Branly en hommage aux 23 000 militaires morts pour la France en Algérie, au Maroc et en Tunisie.

Ce choix par défaut permettait au gouvernement de ne pas trancher entre deux dates : le 16 octobre, jour du transfert à l’église Notre-Dame-de-Lorette des cendres du soldat inconnu d’Algérie, en 1977 ; et le 19 mars, jour du cessez-le-feu en Algérie au lendemain de la signature des accords d’ Evian en 1962.

Pour Christian Jacob, une déclaration « intolérable »

Le président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, Christian Jacob, a réagi, mercredi 17 octobre, aux déclarations de François Hollande. « S’il n’est pas question de nier les événements du 17 octobre 1961 et d’oublier les victimes, il est intolérable de mettre en cause la police républicaine et, avec elle, la République tout entière », a-t-il affirmé dans un communiqué. « A partir du moment où François Hollande semble engager la responsabilité de la France, est-ce que concrètement, cela veut dire qu’il engage la responsabilité du général de Gaulle, qui était président de la République en 1961, et de Michel Debré, qui était premier ministre ? », a ensuite déclaré le chef de file des députés UMP à l’ AFP.

L’ancien président du Front national, Jean-Marie Le Pen, a, lui, estimé mercredi que « ces gens qui mettent les responsabilités de la France en cause ne sont pas chargés de ça. Pas plus M. Chirac que M. Hollande n’ont autorité pour reconnaître la culpabilité ou l’innocence de la France ».

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Ci-Après le texte de Jean ESTIVILL – Essai d’explication de la « reconnaissance » de cet évènement douloureux, basés au travers des implications politiques et associatives …  Car, la « question sous-jacente » est bien l’intégration qu’elle implique ; c’est l’aspect religieux, ethnique ou selon une mauvaise interprétation (à laquelle personnellement nous n’adhérons pas) issue des discours de l’extrême droite : les voleurs d’emplois, de subsistes d’aides diverses, de prières dans les rues de voiles, de pains au chocolat, de racisme anti-blanc, etc.

Toutes stigmatisations propulsant la haine et la division pour qu’elles intérêts ?  Pour l’hégémonie d’une « caste » politique régnant conjointement avec les plus riches d’entre les français, autrement dit pour garder ou gagner en privilèges sur la piétaille, que bon nombre nous sommes à leurs yeux volontairement de myope. MC

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La reconnaissance du crime d’État du 17 octobre 1961 au défi de l’électoralisme et de l’idéologie ?

Mardi 16 octobre 2012  Par Jean ESTIVILL  Conseiller Municipal, Président des élus du Parti de Gauche de Savigny, Président de l’Essonne de l’UFAL (Union des Associations des Familles Laïques)

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NDLR : ce texte a été écrit le 16 octobre, à la veille de la déclaration de l’Élysée à laquelle l’auteur ne pouvait évidemment pas se référer. En revanche il analyse bien les raisons pour lesquelles des associations ont fait pression ; on imagine que des propos comme ceux-ci et l’imminence de sa visite en Algérie ont dû au dernier moment motiver cette intervention du président de la République.

Le 17 octobre 1961 eut lieu à Paris le plus grand massacre de civils perpétré après guerre par des forces de police dans un état de droit en Europe. (…)

La question à laquelle nous voudrions répondre en partie pour le 17 octobre 1961 est celle d’Olivier Le Cour Grandmaison dans Médiapart le 16 octobre 2012 : « Guerre d’Algérie et crimes : le temps du reniement ? » L’historien y dévoile entre autre l’inauguration par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, d’une stèle le 20 novembre pour accueillir les cendres du général Bigeard.

Reniement, en ce qui concerne le 17 octobre 1961, la question mérite une réponse. François Hollande en 2011 à Clichy avait évoqué le devoir de reconnaître officiellement le massacre.
Le 16 octobre 2012, il n’a toujours pas répondu la demande formulée le 15 septembre par le « collectif 17 octobre1961 » d’être reçu à l’Élysée Demain 17 octobre une délégation se présentera à l’Élysée.

Victime de l’instrumentalisation politicienne

Peut-on espérer que le ministre de l’intérieur, qui instrumentalise la religion dans une stratégie de communautarisation conforme au « choc des civilisations » accepte de renoncer à ses procédés ?
Il est bien évident que la classe politique qui s’est mise au service de la Troïka, la droite et les socio-libéraux tiennent à maintenir cette politique de détournement des sujets de fond qui posent la question du modèle social économique actuel.
Les deux rivaux iront de surenchère en surenchère. Valls ne prendra pas le risque de suspendre même ponctuellement une diabolisation d’une communauté, entreprise depuis plusieurs années dans d’autres sphères et qui lui réussit si bien quand il la reprend à son compte. Comment risquer de perdre des points de sondage qu’on a acquis en plaisant à la droite extrême.
Procès d’intention ? La droite aurait les mots, les cris d’indignation devant ce qu’elle présentera comme une offense à la patrie. Ne quitta t-elle pas l’hémicycle de l’Assemblée nationale lorsque le secrétaire d’État aux anciens combattants Jacques Floch rapportait les faits accablants de ce 17 octobre, pourtant alors dûment établis. Et n’est-ce pas ce que font les plus extrémistes qui remettent en cause la commémoration le 19 mars du cessez-le-feu en Algérie en 1962, car considéré par eux comme une défaite de la France, une victoire de l’ennemi. Valls ne va pas perdre le bénéfice de son odieuse décision de démantèlement des camps de roms qu’il a gagné dans cet électorat, en rendant justice aux victimes appelées en 1961 « Français musulmans d’Algérie », au moment où l’Islam est devenu le bouc émissaire central. Peu importe les valeurs, peu importe la vérité historique, peu importe le devoir de mémoire, peu importe la parole donnée même si c’est celle de celui qui est devenu Président de la République.

Le choc des civilisations exige la communautarisation

Le 17 octobre 1961 risque une fois de plus d’être la victime d’un enjeu politicien mais aussi idéologique.
Le choc des civilisations implique dans les pays occidentaux la mise en place du communautarisme et la stigmatisation de l’Islam.
Entreprise difficile en France. Il faut briser la conception d’une « république une et indivisible », il faut détourner le sens de la laïcité, démanteler l’école publique qui est le creuset de la citoyenneté et de l’égalité.
Depuis plusieurs décennies, l’extrême droite s’y emploie, mais aussi pour des calculs politiciens une partie de plus en plus importante de la droite qui se réclame de la république comme cela est apparu très clairement lors des dernières élections.
Paradoxalement mais très sûrement, une fraction, certes infime de la gauche, pour des raisons qu’elle vit diamétralement opposées, contribue à faciliter l’œuvre entreprise par les premiers.
Du fait de la colonisation la dernière vague d’immigration provient surtout de pays d’Afrique, en particulier du Maghreb, à majorité par conséquent musulmane.
Sans perdre totalement leur culture d’origine et conservant quelques pratiques religieuses, la place de la religion a fortement diminué dans ces populations. C’est le même phénomène auquel on a assisté et qui continue avec le catholicisme. Seuls 4,5 %des catholiques déclarés s’estiment pratiquants. Cette évolution est bien décrite par les historiens et les sociologues. En quittant le village on échappe à l’emprise de la paroisse (il n’y a pas si longtemps, l’enfant parti en vacances devait en rentrant montrer au curé l’attestation de son confrère qu’il avait suivi les cours de catéchisme et assisté à la messe). On échappe à l’autorité patriarcale qui est forcément fondée sur le respect dans tous les aspects de la vie de la religion. De plus on fréquente l’école laïque et ce, dans un milieu obligatoirement plus ouvert, celui de la ville
Les millions de musulmans pratiquants (pendant la guerre d’Algérie le FLN obligea à l’obéissance de la loi coranique la population y compris en métropole) ont, comme les catholiques, vu leurs enfants s’émanciper de la religion.
Ce fut le cas des israélites qui purent entre les deux guerres dans la France républicaine et laïque jouir d’une liberté de choix dans le domaine spirituel qui leur était interdite dans les ghettos d’Europe centrale et orientale où ils étaient regroupés et maintenus depuis toujours, tout particulièrement en Pologne
Bon nombre, de jeunes en particulier, découvrirent qu’ils étaient juifs, qu’ils ne pouvaient être que juifs car les lois antisémites de Vichy l’avaient décidé ainsi. Ils se reconnaissaient tout naturellement un lien culturel commun avec leurs parents ou leurs ancêtres en général, mais nullement religieux. Le livre de Maurice Rasjsfus, Une enfance républicaine et laïque, rend bien compte de cette situation.
Les professeurs d’histoire peuvent en témoigner. Il leur appartient non pas d’enseigner la religion mais au collège l’aspect religieux des civilisations. Combien d’enfants issus de l’immigration maghrébine savent ce qu’est un minaret ou les cinq piliers de l’Islam avant leurs cours. De même combien d’enfants de familles se déclarant catholiques ont vu ou savent ce qu’est un crucifix ou l’origine par exemple du repos dominical.
Rude tâche pour les croisés du « choc des civilisation » !

Communautariser : mode d’emploi

La France laïque a établi une société où l’exigence en particulier chez les jeunes de l’égalité des droits domine et où du fait de son histoire et de sa sociologie, un nombre croissant de voix s élèvent pour nouer des relations apaisées et fraternelles avec les pays de Maghreb. En témoigne l’accueil enthousiaste à cette exigence de centaines de milliers de participants aux meetings de Jean-Luc Mélenchon, ou tout dernièrement à l’occasion de la présentation dans une émission de télévision dominicale, du dernier film d’ A. Arcady «  Ce que le jour doit à la nuit », quand l’auteur du roman Yasmina Khadra, déclara, s’adressant aux dirigeants français qu’ils devaient se tourner moins vers l’Europe et plus vers le Maghreb.
Alors comment s’y prennent-ils ?
Laissons de côté sans les sous-estimer les méthodes misérables de la famille Le Pen avec la viande hallal, ou pitoyables de Copé et son pain au chocolat.
Il s’agit de faire exister une communauté pour mieux la stigmatiser, en faire un bouc émissaire, en tout cas l’utiliser selon une pratique bien rodée qui a fait ses preuves en période de crise économique et sociale.
Deux exemples illustrent cette méthode. Le chanoine de Latran s’emploie dans l’organisation du culte musulman. Les musulmans ne lui ont rien demandé. D’aucuns penseront que c’est pour avoir un interlocuteur. Mais est-ce le rôle des pouvoirs publics de participer à une telle démarche ? On en doute. Mais il ne s’agit pas de cela. Lors des émeutes dans les banlieues, la première action de Sarkozy fut de s’adresser à l’organisation de ce culte qu’il avait contribué à mettre en place. En quoi était-elle concernée ? Les rapports de police, ceux en particulier des renseignements généraux établissaient formellement que les causes des émeutes n’étaient aucunement liées à une religion et à une communauté. Mais le tour était joué. L’opinion publique retiendra du fait de la démarche de Sarkozy, le contraire. Il s’agit d’un phénomène communautaire, donc en l’occurrence musulmane.
Tout aussi édifiante est la déclaration de la ministre Bachelot, lors du congrès constitutif du CRAN, le Conseil Représentatif des Associations Noires. Elle y salue « le courage de ceux qui se réclament du droit à la différence ».
Ainsi, on se félicite de la revendication du droit à la différence pour ensuite mieux dénoncer les actions de ceux qu’on a encouragé et aidé à s’organiser.
Cette manœuvre grossière de la droite bénéficie de l’attitude de ceux qui au nom de la tolérance avancent par exemple que le voile à l’école est une liberté. La demande pourtant n’était pas réelle, elle fit long feu dès que les laïques se mobilisèrent pour obtenir une loi l’interdisant clairement.
Dans la même veine, les exemples se multiplient dans l’établissement scolaire où l’on vient en plein cours demander qui fait le ramadan. De bonnes âmes se prêtent à ces tâches qui ne sont qu’administratives, il s’agit tout benoitement de compter les repas pour la cantine. Demander sa religion à un enfant devant toute une classe ne leur rappelle pas des pratiques de triste mémoire pour une autre religion. Ces oublieux incultes sont de bonne foi, ils ne songent pas à mal, au contraire, mais l’idée que la religion soit une affaire privée ne les effleurent pas. Ils devraient pour cela savoir ce qu’est la laïcité, et son absolue nécessité.
On a même vu dans un collège de l’Essonne, un conseil d’administration imaginer deux services de cantines pour rationaliser le service faute de place et de personnels. L’un des deux étant réservé par exemple à ceux qui ne mangent pas de porc. Sans l’intervention de quelques membres qui fit prendre conscience à la majorité qu’on créait les conditions du communautarisme à l’école contre toutes les règles de la laïcité, cette aberration était votée avec les meilleurs sentiments du monde.
Les musulmans même s’ils pratiquent peu ou plus du tout à l’image des catholiques sont sommés de se reconnaître musulmans, de s’en faire connaître, voire de le revendiquer haut et fort. C’est nécessaire pour le « choc des civilisations ».
C’est dans ce contexte que s’inscrit ce qui apparaît à propos du 17 octobre et le problème de la colonisation, comme un possible revirement de Hollande. Reste que le parti socialiste a pris depuis longtemps position, que plus de dix mille signatures ont été recueillies dont un grand nombre d’hommes et de femmes dont la haute conscience morale ne peut être ignorée du président de la République. Refuser de reconnaître officiellement le crime du 17 octobre 1961 à la veille de son déplacement en Algérie serait bien mal entamer les relations franco-algériennes qu’il se propose d’établir sur de nouvelles bases.
Certes Valls est à la manœuvre : dans une Europe qui au lieu de rapprocher les peuples avive les nationalismes, tout ce qui est payant électoralement est bon à prendre. On vient de le voir avec les roms. Reconnaître officiellement le crime du 17 octobre pour la dignité de la République c’est aussi faire justice aux victimes, « français d’Algérie » mais musulmans.
Il peut y avoir des voix à perdre… des baisses de sondages. On devine le choix de Valls.
On comprendrait moins celui de François Hollande, s’il allait dans le sens des premières mesures prises par son ministre de l’Intérieur, s’il n’acceptait pas enfin de rendre justice aux « Français musulmans d’Algérie » massacrés il y a cinquante-et-un ans.

Par Jean ESTIVILL Conseiller Municipal, Président des élus du Parti de Gauche de Savigny, Président de l’Essonne de l’ UFAL (Union des Associations des Familles Laïques)

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Paru dans l’Humanité cet interview de Sylvie Thénault

Dans quel contexte la sanglante répression du 17 octobre 1961 intervient-elle et en quoi l’année 1961 est-elle charnière dans la guerre d’Algérie ?

Sylvie Thénault. En 1961, un pas considérable est franchi dans les négociations : au début du mois de septembre, le général de Gaulle reconnaît la souveraineté du futur État algérien sur le Sahara. C’est sur ce point-là que les négociations achoppaient. En septembre, elles peuvent donc reprendre. Dans ce contexte, de chaque côté, les opposants aux négociations retrouvent du dynamisme. Côté français, l’ OAS multiplie les plasticages, les menaces, qui atteignent leur apogée en métropole à l’automne 1961. Côté algérien, les opposants aux négociations donnent de la voix, jusqu’au sein même du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), avec l’état-major général de Houari Boumediene, et l’appel à manifester lancé par le FLN ne s’inscrivait pas dans une logique de mise en échec des négociations, mais dans une stratégie de conquête de légitimité.

Cette année-là, un lourd climat de violence politique s’installe en métropole…

Sylvie Thénault. La répression du 17 octobre marque l’apogée d’une répression déjà accrue et renforcée depuis le mois de septembre. Dès l’été 1961, les commandos de la fédération de France du FLN multiplient leurs attentats contre des policiers en région parisienne, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Jusque-là, les assassinats visaient surtout des policiers participant à la lutte contre le FLN. À partir de la fin du mois d’août, on assiste à une recrudescence des attentats. Sept policiers sont tués entre le 28 août et le couvre-feu du 5 octobre… Dès septembre, des agents de la force de police auxiliaire s’installent à Nanterre, au bidonville. Les contrôles policiers, que les Algériens subissaient déjà, les insultes, les brimades, les rétentions de plusieurs jours se multiplient. On constate que les décès d’Algériens, dont on retrouve les cadavres sur la voie publique, augmentent dès le mois de septembre.

Vous avez évoqué le rôle de Maurice Papon. A-t-il eu recours, en octobre 1961, à des méthodes répressives éprouvées sous l’Occupation ?

Sylvie Thénault. Maurice Papon a toujours encouragé ses troupes. Jamais il n’a cherché à maîtriser leur ardeur. Arrivé à la tête de la préfecture de police de Paris en mars 1958, il y a développé, d’emblée, une rhétorique guerrière. Certaines de ses paroles sont restées célèbres. Lors des obsèques de policiers tués, 
il s’adressait publiquement aux forces de l’ordre en ces termes : « Vous êtes couverts », « Pour un coup porté, vous en rendrez dix. » Autant d’encouragements à la violence.

Sur quels mécanismes l’État s’est-il appuyé pour organiser l’oubli de ces événements ?

Sylvie Thénault. Ce mécanisme s’est enclenché dès le départ, d’abord pour étouffer le scandale de la répression. Dans les quinze jours qui ont suivi la répression, s’est exprimée, jusque dans les institutions de la République, la revendication d’une enquête. Une demande de commission d’enquête parlementaire, portée par Gaston Defferre, a été présentée au Sénat. Le gouvernement a tout mis en œuvre pour faire échouer cette proposition. Bloquer toute possibilité d’enquête, c’était s’assurer de maintenir la confusion sur le bilan car plus le temps passe, plus il est difficile d’établir un bilan dans ce type d’événement. Or une amnistie générale a été décrétée au moment des accords d’ Évian. Toutes les informations judiciaires se sont donc terminées par des non-lieux. Je crois cependant que l’action de l’État n’explique pas à elle seule ce long oubli. La société française elle-même n’était pas porteuse de cette mémoire.

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