La mobilisation qui monte, qui monte…

 

Le 30 septembre à Paris contre le TSCG.

Initié par le Front de gauche, l’appel à manifester le 30 septembre s’est élargi. Il va désormais bien au-delà de ses rangs.

Et si le peuple, qui n’y était surtout pas convié, s’invitait quand même dans le débat ? L’idée d’organiser une grande manifestation populaire courait déjà depuis quelques semaines dans les milieux associatifs et syndicaux, en particulier dans les rangs du collectif L’audit de la dette. Elle a été saisie au vol par Jean-Luc Mélenchon, un jour d’été à Grenoble, aux Estivales du Front de gauche. Puis, rebondissant de réunions publiques en assemblées citoyennes, attirant autour d’elle un nombre croissant d’associations et de syndicats, roulant jusqu’à la Fête de l’ Huma, la mobilisation du 30 septembre est devenue davantage qu’un « Front du non au traité » : le « signal de départ d’une campagne nationale contre l’austérité ».

À quelques jours de la mobilisation du « non » de gauche, passage en revue des forces. Côté web, après la pétition pour un référendum lancée cet été par l’Humanité, la pétition « Non à l’austérité perpétuelle » comptait, lundi, 14 000 signataires de toute l’Europe. Sur le site Internet dédié (www.stopausterite.org) – relayé sur Facebook, Twitter et Google + –, 1 500 personnes avaient envoyé un mail à leur député lui demandant de « voter contre le pacte budgétaire », et des dizaines de cars et de voitures étaient prévus pour converger vers la capitale.

Pendant que la liste des départs s’allongeait, celle des organisations appelant à manifester s’est, elle aussi, bien étoffée depuis début septembre. Aux côtés du Front de gauche et du NPA, la Fondation Copernic, Attac, les Économistes atterrés ou les chômeurs et précaires d’ AC  ont fait leur apparition. Côté syndicats, Solidaires et la FSU ont appelé à défiler. Si les grosses centrales comme FO ou la CGT ont, malgré leur prise de position contre le traité, rechigné à s’afficher dans le cortège, des unions régionales et des fédérations cégétistes seront au rendez-vous : CGT Île-de-France, CGT Cheminots…

Dans un autre genre, le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais a adopté vendredi une motion déposée par le groupe Communiste, Parti de gauche et Unitaires, demandant la tenue d’un référendum sur le traité. Reste que les plus frileux demeureront les « nonistes » socialistes ou Verts. Pourtant, « ce n’est pas une manif contre le gouvernement, insiste Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic et membre de l’organisation, même si, évidemment, elle s’oppose aux mesures qu’il a prises ».

Aurélie Trouvé, coprésidente d’ Attac, a évoqué, elle, un « cadre collectif » où « nous continuerons, après la manifestation du 30 et après le vote du Parlement, à construire les résistances à l’austérité en France et en Europe, et à discuter des alternatives écologiques et sociales à la crise. Il ne s’agit en aucun cas de nous enfermer dans un “front du non” au traité ». Quant à Jean-Luc Mélenchon, il écrivait, samedi, sur son blog : « Parlez autant que vous voulez, défilez comme vous voulez, cela n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est le nombre, la détermination, l’énergie, la dynamique ! » Gageons qu’il sera entendu.

Pauline Graulle

Article paru dans Politis n° 1220

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Le NON des Verts au traité déchaîne ses défenseurs

Après le vote contre le pacte budgétaire d’Europe Écologie les verts, des commentateurs favorables au texte somment le chef de l‘état de renvoyer ses ministres écologistes.

Le non prononcé, samedi (22/09/2012), par le conseil fédéral d’Europe Écologie-les Verts (EELV) au traité budgétaire européen ébranle le scénario trop bien ficelé d’une ratification parlementaire sans accroc. Après le rappel à la « Solidarité gouvernementale » de Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement, et celui de Jean-Marc Ayrault, pour qui « la conséquence logique de (la) démarche » d’EELV serait rien de moins que « la sortie de l’euro », les commentateurs favorables au pacte budgétaire se déchaînent. Dans son édition datée d’aujourd’hui, l’éditorial -non signé -du Monde sonne une charge d’une violence peu habituelle dans ce quotidien. Titré « Mettre fin au jeu de dupes des ministres Verts », le journal, qui faisait campagne pour le oui au référendum de 2005 : comme la quasi-totalité des quotidiens et magazines, somme François Hollande de « tirer les conséquences » du non au traité d’EELV, comparé à un « groupuscule irresponsable »: « Il (le chef de l’Etat) doit (sic) mettre fin aux fonctions des deux ministres d’EELV, Cécile Duflot et Pascal Canfin.

Appréciation semblable dans le Figaro, pour qui « le chef de l’État serait bien avisé d’indiquer à ses deux ministres écologistes la porte de sortie » en cas de vote non d’EELV au Parlement. Hypothèse aussitôt démentie par Matignon. Dans un communiqué, les services du premier ministre ont estimé hier à propos de ces deux ministres que « la question, de leur participation au gouvernement ne se pose pas ».

La position d’EELV réjouit au contraire les partisans du non de gauche au traité, à l’instar des responsables d’Attac France. Pour ses coprésidents, Aurélie Trouvé et Thomas Coutrot, « cette décision confirme que les lignes bougent ». Les deux animateurs appellent EELV « à prendre toute sa place dans, la manifestation unitaire » du 30 septembre. Et en profitent pour lever certains malentendus: à Eva Joly, qui a indiqué qu’elle « ne participerait pas à la manifestation du 30 septembre à Paris » pour ne pas mêler son non à « celui des souverainistes ou du Front de gauche », Aurélie Trouvé répond qu’ « il s’agit là d’un contresens: la manifestation du 30 septembre n’est pas une manifestation souverainiste, de plus, elle n’appartient pas au Front de gauche. Elle est appelée par une coalition d’associations, de syndicats et de partis qui travaillent déjà depuis plusieurs mois, avec EELV, dans le cadre du collectif d’audit citoyen de la dette publique. (. ..) C’est dans ce cadre collectif que (nous) continuerons, après la manifestation du 30 et après le vote du Parlement, à construire les résistances à l’austérité en France et en Europe ».

Sébastien Crépel – Huma 25/09/2012