Si le TSCG* était signé.

 

* Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, (TSCG)  instituant l’austérité et la dépendance budgétaire par l’union européenne – Perte par la France de sa souveraineté budgétaire .

Depuis près de trois ans, le gouvernement d’Angela Merkel s’oppose aux mesures indispensables pour espérer résoudre la grave crise que traverse la zone euro. […] Malgré ses conséquences très négatives pour la zone euro, cette intransigeance bénéficie outre-Rhin d’un large soutien. A cela, il y a beaucoup de mauvaises raisons, mais aussi quelques bonnes.

Extrait d’article …

Cette attitude tient tout d’abord au sentiment qu’ont eu beaucoup d’Allemands de s’être fait forcer la main pour accepter les pays cigales du « Club Med » dans l’euro en 1997, quand les contours de la zone ont été définis. Ce sentiment a été encore renforcé par la cure d’austérité sévère que le pays s’est infligée au début des années 2000, sous la conduite du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, pendant que les pays d’Europe périphériques connaissaient au contraire une croissance rapide. Entre 2000 et 2008, les salariés d’outre-Rhin ont perdu en moyenne 3 % de pouvoir d’achat, quand leurs homologues français en ont gagné 6,8 %, les Irlandais 21 % et les Grecs 15 %. Dans le même temps, les dépenses publiques allemandes n’ont augmenté que de 9 % en volume, alors qu’elles ont explosé de 88 % en Irlande, de 42 % en Grèce et de 35 % en Espagne (+ 17 % en moyenne dans la zone euro comme en France). Dans un tel contexte, les Allemands peuvent difficilement accepter d’aider les pays en crise si ces derniers ne subissent pas à leur tour une cure d’austérité au moins aussi sévère. D’autant que l’opinion allemande est convaincue que c’est grâce à cette austérité que son économie se porte mieux aujourd’hui, même s’il y a lieu d’en douter

Tout à fait compréhensible d’un point de vue allemand, cette réaction risque pourtant d’avoir des conséquences dramatiques pour l’euro et l’Europe. […]

Pour corriger les déséquilibres qui se sont creusés dans les années 2000 en termes de compétitivité, il faut bien sûr que les pays en difficulté se serrent la ceinture. Mais le régime qui leur est imposé actuellement est beaucoup trop strict : il condamne l’ensemble de la zone euro à la récession, comme on le constate déjà. Ce qui l’empêche de rétablir ses comptes publics et de limiter son endettement. Et à terme, l’euro risque d’exploser, entraînant dans sa chute la construction européenne. « Il serait à la fois tragique et ironique que l’Allemagne réunifiée provoque pour la troisième fois, par des moyens pacifiques cette fois et avec les meilleures intentions du monde, la ruine de l’ordre européen », concluait Joschka Fischer, ancien ministre vert des Affaires étrangères de Gerhard Schröder, en mai dernier.

La bonne santé allemande

Depuis 2009, la relative bonne santé de l’économie allemande s’explique pourtant par des raisons qui n’ont rien à voir avec les réformes de Gerhard Schröder et les recettes libérales qu’ Angela Merkel entend prescrire à ses voisins.

En cause, tout d’abord, un marché du travail particulièrement peu flexible. Malgré un recul du produit intérieur brut (PIB) de 5,1 % en 2009, contre 2,7 % en France et 3,7 % en Espagne, l’économie allemande avait conservé tous ses emplois cette année-là, alors que la France en perdait 280 000 et nos voisins du sud des Pyrénées 1 385 000 !

L’ Allemagne a fait un usage massif du chômage partiel et de la réduction du temps de travail au sein des entreprises. Une politique liée en particulier aux pouvoirs étendus reconnus aux représentants des salariés par la Mitbestimmung, la codétermination [1]. Le pouvoir d’achat des salariés et donc la demande intérieure ont ainsi pu être maintenus sans avoir à mobiliser outre mesure les finances publiques, contrairement à ce qui s’est produit en Espagne ou au Royaume-Uni. Et une fois les affaires reparties, les entreprises allemandes n’ont eu besoin ni de recruter ni de former de nouveaux salariés.

La bonne santé de l’économie allemande depuis 2009 tient aussi à une hausse sensible de la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises. Celle-ci a progressé de 2,5 points entre 2008 et 2012, alors qu’elle baissait de 4,3 points en Espagne et de 5,9 points en Grèce. Bref, le succès actuel de l’économie allemande montre surtout que le marché du travail ne doit pas être trop flexible et qu’il était bon et urgent pour nos voisins de rompre avec l’austérité excessive de la période Schröder ! Sans oublier, bien sûr, la démographie : avec une population âgée de 15 à 65 ans en baisse de 170 000 personnes depuis 2008, il est quand même plus aisé de réduire le chômage que lorsque celle-ci augmente de 570 000 personnes en pleine crise comme en France. Même si, à terme, cette démographie plus dynamique devrait être un atout pour l’Hexagone.

La crise fait recettes

Mais ce qui complique encore plus les choses pour résoudre la crise de la zone euro, c’est que l’économie allemande en tire directement profit pour l’instant. Tout d’abord, les taux d’intérêt ont nettement baissé du fait de la fuite des capitaux vers une Allemagne réputée sûre. A 1,37 % pour ses titres à dix ans en juillet dernier, ce sont en réalité, une fois l’inflation déduite, les investisseurs qui paient l’État allemand pour avoir le droit de détenir sa dette ! Depuis 2008, celui-ci a ainsi économisé 70 milliards d’euros sur les intérêts versés à ses créanciers. Davantage que les 55 milliards d’euros que Berlin s’est engagé jusque-là à prêter à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal, via sa quote-part dans le Fonds européen de stabilité financière (FESF). D’autant que, contrairement à ce qui se dit souvent outre-Rhin, il ne s’agit pas là de dons à fonds perdus mais bien de prêts rapportant des intérêts substantiels, dont une grande part sera effectivement remboursée.

Et cet avantage déterminant ne concerne pas seulement l’État : un consommateur allemand pouvait s’endetter en juillet dernier à taux fixe pour un à cinq ans à 5,3 %, contre 10 % pour son homologue espagnol ou 6,4 % pour un Français, selon la Banque centrale européenne (BCE). De même, une entreprise allemande pouvait emprunter à un an à 2,3 %, contre 3,1 % pour son concurrent italien ou 5,8 % pour une société grecque…

L’industrie allemande profite également massivement de la baisse du taux de change de l’euro due à la crise. […]

Les institutions en cause

Ces bénéfices n’incitent guère l’opinion publique allemande, et donc Angela Merkel, à trouver une solution rapide à la crise européenne, même s’il s’agit bien sûr d’un calcul à courte vue : le prolongement et l’aggravation de la crise européenne finiraient pas emporter aussi l’économie allemande, comme l’a souligné à juste titre l’agence de notation Moody’s en plaçant la note du pays sous surveillance en juillet dernier.

Il existe cependant une raison plus légitime à la résistance d’Angela Merkel : le […] système politique allemand. La chancelière […] doit constamment avoir à l’esprit le mandat que lui a confié le Bundestag lors du débat mené en préalable à chaque sommet, ainsi que les accords passés avec ses partenaires de la coalition au pouvoir dont dépend la survie de son gouvernement dans un parlement élu à la proportionnelle. Sans oublier la jurisprudence de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe qui, depuis 1974, a introduit des limites croissantes aux transferts de souveraineté vers l’Europe. En 2009, dans un arrêt sur le traité de Lisbonne, elle a ainsi considéré que la souveraineté primordiale devait obligatoirement rester au sein des États nationaux, du fait du manque de légitimité démocratique de l’échelon européen. Depuis lors, tout transfert de souveraineté vers l’Union suppose au préalable des progrès substantiels en matière de démocratie à l’échelle européenne et une modification de la Constitution allemande.

C’est dans ce contexte que nombre d’Allemands critiquent en particulier le Fonds européen de stabilité financière et son successeur, le Mécanisme européen de stabilité (MES). Ils les considèrent comme des moyens de vider de sa substance la souveraineté du Parlement allemand sur les finances publiques du pays. […]

Ces critiques sont à l’origine de nombreux recours déposés en Allemagne contre les traités instituant le MES et le nouveau traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). La Cour constitutionnelle doit se prononcer à ce sujet le 12 septembre prochain. […]

Article issu du dossier Pourquoi on ne s’en sort pas

Guillaume Duval

Alternatives Économiques n° 316 – septembre 2012  – Pour voir la totalité de l’article

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Notes

(1) Voir « La cogestion allemande a fait ses preuves », Alternatives Économiques n° 310, février 2012, disponible dans nos archives en ligne.

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