Lolo, veut faire du Quai d’Orsay, un super ministère

Dans les prochaines semaines, le ministère des Affaires étrangères va se doter d’une direction chargée d’aider les entreprises à exporter. Une transformation voulue par Laurent Fabius, qui place la réduction du déficit commercial en tête de ses priorités.

La traditionnelle conférence de rentrée des ambassadeurs a été l’occasion pour le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, de sonner la mobilisation générale. “Nous avons besoin d’une diplomatie économique forte, active, réactive, efficace, à l’écoute de tous les acteurs économiques de l’« équipe de France »”, a-t-il déclaré le 28 août, avant d’appeler les ambassadeurs à devenir les “chefs de file de notre action économique extérieure”. Des propos qui rappellent ceux de l’ancien Premier ministre François Fillon qui, il y a un an tout juste, demandait aux ambassadeurs de soutenir les entreprises exportatrices [lire notre article de l’époque].

Cette fois, la parole politique va se répercuter dans l’organigramme du ministère. Une nouvelle direction des entreprises et de l’économie internationale verra le jour à l’intérieur de la grande direction générale de la mondialisation dans les prochaines semaines. Une innovation annoncée par le ministre lui-même et qui traduit sa volonté de voir le ministère des Affaires étrangères “devenir aussi le ministère des entreprises” et de renforcer le “réflexe diplomatie” des entreprises. L’objectif ? Aider les entreprises françaises, au premier rang desquelles les PME et les entreprises de taille intermédiaire, à exporter.

Trois missions

Concrètement, la nouvelle direction rassemblera au moins les services de l’actuelle direction de l’économie globale et ceux de la sous-direction de l’innovation et des entreprises. Elle devrait compter une centaine de fonctionnaires et remplira trois missions principales : soutenir les exportations, accompagner les secteurs stratégiques (énergie, nucléaire, défense, aéronautique, etc.) et suivre les négociations multilatérales (G 8-G 20, OMC, etc.). “Ce sera le point d’entrée des entreprises au ministère, commente Jean-Baptiste Mattei, directeur général de la mondialisation, et la tête de pont du réseau pour la diplomatie économique.”

De leur côté, les ambassadeurs seront tenus de rendre compte tous les six mois de leurs actions en faveur des exportations. Ils devront se doter d’objectifs précis et rassembler autour d’eux une petite cellule composée de leurs conseillers économiques habituels, ainsi que de chefs d’entreprise et de chercheurs. “Nous développerons la formation de nos responsables diplomatiques en matière économique, ainsi que notre communication et le dialogue avec les acteurs économiques”, a ajouté Laurent Fabius.

Le dossier Ubifrance

Au passage, le ministre a abordé le sujet sensible de la coopération entre le ministère des Affaires étrangères et les opérateurs du ministère de l’Économie. “Le morcellement qui existe aujourd’hui n’est pas toujours optimal”, a-t-il lâché. Dans le viseur : l’agence Ubifrance, qui a vu son autonomie croître, année après année, depuis sa création en 2003. Or la répartition des tâches entre le soutien aux PME, dévolu à Ubifrance, et le suivi des questions macroéconomiques et des grands contrats, du ressort des ambassades, n’est pas toujours aussi claire sur le terrain qu’en théorie.

L’autorité des ambassadeurs sur les équipes d’Ubifrance doit être renforcée, afin qu’il n’y ait pas de lacunes dans le dispositif de soutien à l’export et que les entreprises de toutes tailles puissent trouver l’interlocuteur adapté”, conclut Jean-Baptiste Mattei. Un dossier qui nécessite un accord avec le ministère de l’Économie.

Laurent Fargues  Source Acteurs publics