LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE !

 

Le problème fondamental qui se pose n’est pas uniquement « vivre », mais « comment vivre en ayant les moyens de construire son bonheur », car survivre ne suffit pas… Au premier rang est donc le fait de se nourrir correctement sans être l’otage d’une minorité dominant la société. Car on peut affirmer qu’il n’y a pas de démocratie sans être maître de son propre destin.

Sur cette voie, le concept de souveraineté alimentaire désigne le droit des populations, de leurs États ou Unions, à définir leur politique agricole et alimentaire afin de l’adapter au mieux aux besoins des individus qui composent leur population.

Ce concept de souveraineté alimentaire a été évoqué pour la première fois par le mouvement via Campesina lors du Sommet de l’alimentation organisé par la FAO à Rome en 1996. Il est depuis repris lors des différents Forums sociaux mondiaux. Il se décline suivant trois  grands principes :

  •  alimenter correctement l’ensemble de la population mondiale, en tenant compte de son évolution,
  • opérer une transition vers des modes de production et de consommation sociologiquement et écologiquement viables sur le long terme,
  • assurer les conditions d’existences à la population agricole.

UN CONSTAT ALARMANT

Un rapide constat de l’existant s’impose. D’abord la production agricole mondiale est susceptible de nourrir l’ensemble de la population, car à l’heure actuelle 50 % de la production agricole est détruite avant d’arriver dans la bouche d’un être humain : pourrissement, abandon, perte dans les circuits de transformation et le transport, gaspillage, mais aussi destruction en vue de maintenir les prix, donc la rentabilité.

Ce constat est d’autant plus inacceptable que plus d’un milliard d’êtres humains soufre de la faim, dont une large majorité de paysans. Rappelons  également que les agriculteurs et les 75 % de la population mondiale, que l’exode rural – mais aussi continental – n’a d’autre source que la misère des populations, c’est-à-dire le pillage des richesses par un groupe très restreint de dominants.

Ce pillage ne sort pas du chapeau ! Il est une construction hiérarchisée qui passe par l’obtention de décisions politiques qui elles-mêmes se traduisent ensuite sur le plan économique, technique, environnemental et social : il relève donc totalement de l’écologie politique. Les modes de production ne visent plus l’utile, mais le rentable.

De même qu’une machine à laver n’est  plus conçue pour laver du linge, mais  pour rapporter de l’argent (elle doit donc se casser rapidement, ne pas être réparable, etc.) ; La production de denrées agricoles n’a plus pour objectif de nourrir correctement les individus et de garantir leur liberté : l’accaparement de l’agriculture par les marchés financiers a pour objectif de faire consommer pour rapporter de l’argent aux dominants.

D’où ces productions standardisées tournées vers des besoins que l’on crée à coups de publicité et de marketing, ces produits que l’on jette afn d’en maitenir les prix et ces populations pauvres que l’on prive de ressources et de terres, car les nourrir ne rapporte rien. Comprenons bien que ces pauvres existent aussi en France par millions, ils représentent plus de 10 % de notre population. Ainsi, comme pour les vêtements, les chaussures de sport, les voitures, les gadgets électroniques, l’agriculture n’est plus utilisée pour sa mission première : nourrir les habitants de la Terre. Attention danger !

Ce mode de développement dit productiviste et le fait d’une minorité d’individus qui, par l’intermédiaire des décisions politiques et donc économiques, s’est construit des institutions et des lois pour garantir ses intérêts particuliers contre l’intérêt général au service de tous. OMC, FMI, APE, commission européenne ou traité de Lisbonne ne sont que quelques exemples d’institutions auxquelles nous reconnaissons le pouvoir et le droit de détruire l’environnement de la vie, les sociétés et les individus, nous-mêmes et nos enfants (2). Face à cela, les mouvements et les individus se revendiquant du principe de souveraineté alimentaire sont donc en rupture et opte pour des alternatives d’organisation de la production agricole, tant au niveau local au niveau international.

DES SOLUTIONS GLOBALES ET LOCALES

Il faut comprendre que l’alimentation est le lieu de la liberté des individus qui composent une population : la démocratie ne peut pas faire l’économie de l’alimentation, et celle-ci est donc une arme pour soumettre les populations à la misère et à la précarité afin de les rendre inoffensives.

L’alimentation c’est du pouvoir ! Et laisser la souveraineté alimentaire entre les mains des multinationales de l’agroalimentaire est déjà faire un pas vers la dictature et le totalitarisme. Rappelons en ce sens que contre le malthusianisme (limitation du nombre d’enfants), l’histoire montre que lorsqu’augmentent les niveaux de vie, d’éducation et de savoir, alors la natalité baisse pour arriver à celle des pays occidentaux.

Ainsi, contre la dictature, il y a l’éducation et le partage des richesses.

Au niveau local, les solutions visent à mettre en place une agriculture de proximité, biologique, en circuit court, et surtout sans hiérarchisation sociale et économique. L’exemple du numérique nous montre la voie : une organisation  pyramidale génère des dominants et une multitude de dominés, alors qu’un  fonctionnement en réseau est source d’autonomie et de liens entre des citoyens-producteurs égaux. Il y a donc une source de liberté.

Au niveau global, les accords internationaux doivent protéger ce mode fonctionnement, de production et de consommation. Pour cela, les citoyens doivent prendre conscience qu’ils sont les acteurs de ces changements et c’est à eux d’exiger ces accords contre ceux actuellement en vigueur.

Il faut pour cela :

  • reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire au niveau international, donc mettre fin au cycle de Doha de l’OMC, sortir de l’OMC et du FMI, et conclure  des accords internationaux sur la base du strict respect du droit à la souveraineté alimentaire.
  • reconnaître les denrées alimentaires comme biens communs de l’humanité
  • développer les coopérations non plus dans le but de piller les pays faibles, mais de les développer pour qu’ils deviennent des partenaires égaux (fin des famines et de la misère, donc fin de l’exode rurale et régulation de la natalité).
  • Créer des structures de collaboration et de transmission des savoirs en vue de développer les modes de production écologique au service de l’intérêt général, en reconnaissant notamment l’apport des agriculteurs sur la préservation de l’environnement de vie
  • revoir le foncier

VERS UNE ORIENTATION LAÏQUE ET RÉPUBLICAINE

Cette orientation est fondamentalement anti productiviste. Elle vise la durabilité, l’équilibre écologique, la qualité de vie (liens sociaux, alimentation saine, santé, liberté). Elle met en avant l’intérêt général et rejette toute approche dogmatique, elle est donc laïque et républicaine. Elle repose sur des techniques ouvertes et collaboratives donc sur la circulation libre de la connaissance (contre le droit des brevets et la privatisation du savoir par une minorité).

Elle repose également sur un changement de nos modes de vie, de production et de consommation en refusant le gaspillage et l’utilisation des ressources en vue de rentabilité financière. Pour tout cela il ne s’agit pas de raisonner en termes de « manque » et de frustration, mais de ce que nous avons à gagner dans notre quotidien : moins de temps de déplacement, une meilleure santé, un travail utile (et pas seulement « alimentaire »), plus de temps pour des échanges et la construction de soi moins de gaspillage.

Comme l’énergie, l’alimentation et l’agriculture sont des prismes qui révèlent en quoi nous subissons les dominants et leur modèle productiviste, mais aussi comment penser autrement notre quotidien pour vivre mieux

Source Ufal – N° 49 – Info Web

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